LA SITUATION DE L’AGRICULTURE
DANS LA PROVINCE DE PARINACOCHAS
(département d’Ayacucho, Pérou)
par
Pierre-Olivier Combelles
mai 2006
Le voyageur qui arrive aujourd’hui dans la province de Parinacochas ne voit que des terres en friche, des maisons en ruine, des murs écroulés, des routes en mauvais état, des troupeaux dégénérés
et les bourgs et villages remplis de gens oisifs et mal habillés. Autrefois, pourtant, cette région était prospère grâce à l’élevage des bovins et au commerce de la laine d’alpaga.
Elle a été ruinée depuis les années 1970 pour les raisons suivantes:
- L’invasion des Andes par le kikuyu, une Herbacée fourragère. Il est très difficile de l’arracher pour cultiver la terre. Cette opération se fait manuellement, à la barre à mine, car la majorité
des terres agricoles se trouvent sur des pentes inaccessibles au tracteur.
- La réforme agraire du général Velasco (1969) qui a démantelé les haciendas pour distribuer les terres au peuple sans qu’il ait les moyens de bien la cultiver.
- L’action terroriste de Sentier Lumineux (lire: La verdad sobre Sendero Luminoso, par Juan Antonio Vallejo Vidal, Lima, 1997) et la répression militaire et policière,
particulièrement violentes dans le département d’Ayacucho (années 1980), qui ont été la cause d’un exode rural massif vers les grandes villes.
- La politique des différents gouvernements libéraux qui se sont succédés depuis la fin du régime nationaliste et pro-soviétique du général Velasco (1968-1975) a consisté à saboter l’agriculture
vivrière nationale au profit des intérêts étrangers. En effet, au Pérou, 97% de l’agriculture est vivrière et 3% destinée à l’exportation, et elle fait vivre 60% de la population (source:
Agronoticias). Plusieurs méthodes sont employées pour atteindre cet objectif:
- Destruction de l’agriculture vivrière en favorisant et en détaxant les importations de produits agricoles, le plus souvent de basse qualité ou O.G.M. (maïs, blé, pomme de terre, viande) et en
taxant lourdement la production nationale, situation qui sera légalisée et considérablement aggravée par la signature du Traité de Libre Commerce (TLC) avec les États-Unis d’Amérique et les
accords économiques avec le Brésil. Les "Fonds de contre-valeur" et les diverses donations de surplus de blé par les pays riches jouent le même rôle néfaste.
- Élimination physique des paysans par les campagnes de stérilisation et de vaccinations abortives de l’OMS, UNFPA, UNICEF (http://www.trdd.org/BU0301.PDF) et perversion par les multiples
programmes d’assistance alimentaire qui distribuent gratuitement la nourriture sans que celle-ci soit le résultat du travail (PRONAA, Vaso de Leche, Club de Madres, Comedores populares). En
effet, pour le libéralisme, dont la politique mercantile actuelle n’est que l’expression (il est abusif de parler d’ " ultra-libéralisme " ou de " globalisation "), les
paysans ont trois défauts: a) ils produisent la nourriture et par là assurent l’autonomie alimentaire du pays b) ils ont beaucoup d’enfants (entre 6 et 12 par famille à Huayllwa, le village
voisin du domaine des Vaux de Pitumilla) 3) ils sont difficilement manipulables car ils n’ont pas la télévision et ne lisent pas les journaux.
- Intégration dans un système artificiel de régions et de macro-régions affaiblissant le rôle de l’État national.
Cette politique est une perversion des principes naturels:
1. L’économie doit être au service de l’homme et non l’homme au service de l’économie.
2. Dans un pays, l’État doit rechercher le bien commun de sa population et non l’intérêt des puissances ou des personnes étrangères.
3. Le marché intérieur est prioritaire par rapport au marché extérieur.
De plus, quelle profession, dans une pays de climat tempéré ou tropical, est plus utile et honorable que celle d’agriculteur? (voir annexe: Supériorité de l’agriculture dans la société,
par le Vicomte Louis-Auguste de Bonald).
ANNEXE
SUPERIORITE DE L’AGRICULTURE DANS LA SOCIETE
par le Vicomte Louis de Bonald
L'or est devenu la divinité extérieure et sensible des sociétés commerçantes et républicaines, qui sont aussi plus riches en général que les sociétés catholiques. Mais le commerce n'est si fort
en faveur dans les sociétés non constituées ou les républiques, que parce qu'il place l'homme à l'égard de son semblable, dans l'état sauvage, tel qu'il peut exister au sein des sociétés
policées, et qu'il s'allie naturellement avec des gouvernements où les lois ne sont que les volontés particulières de l'homme dépravé. Cette assertion paraît un paradoxe ; venons à la preuve.
Quel est le caractère de l'état sauvage ? C'est de placer les hommes, les uns à l'égard des autres, dans un état de guerre ou d'envahissement de la propriété : or le commerce, tel qu'il se
pratique presque partout en Europe, est un envahissement réel de la propriété d'autrui ; et lorsqu'on voit le marchand n'avoir aucun prix réglé pour ses marchandises, le commerçant spéculer sans
pudeur sur le papier empreint du sceau funeste de l'expropriation la plus odieuse, le négociant, quelquefois le plus accrédité, faire arriver en poste de la maison voisine des courriers haletants
de sueur et de fatigue, pour répandre une nouvelle politique qui puisse hausser le prix des effets qu'il veut vendre, ou faire baisser le prix de ceux qu'il veut acheter, on a sous les yeux,
réellement et sans métaphore, le spectacle hideux d'une bande de sauvages qui se glissent dans l'obscurité, pour aller enlever la chasse de leur ennemi, ou incendier son habitation. Je dis plus,
et sans recourir à ces abus malheureusement trop communs, je soutiens que le commerce, même le plus honnête, place nécessairement les hommes, les uns à l'égard des autres, dans un continuel état
de guerre et de ruse, dans lequel ils ne sont occupés qu'à se dérober mutuellement le secret de leurs spéculations, pour s'en enlever le profit, et élever leur commerce sur la ruine ou la
diminution de celui des autres ; au lieu que l'agriculture, dans laquelle tous les procédés sont publics et toutes les spéculations sont communes, réunit les hommes extérieurs dans une communauté
de travaux et de jouissances, sans diviser les hommes intérieurs par la crainte de la concurrence ou la jalousie du succès. Aussi l'agriculture doit-elle être le fondement de la prospérité
publique dans une société constituée, comme elle y est la plus honorable et la plus utile des professions qui ne sont pas sociales ; et le commerce est, dans une société non constituée, le
fondement de la fortune publique, comme il est, dans ces mêmes sociétés, la source de toute considération personnelle.